[...] Comme tous les dimanches, 500 personnes : jeunes, vieillards, familles bourgeoises, bébés en poussette que l'on promène dans les allées, sans-papiers, Noirs,
athées même, se pressent dans l'église Saint-Vincent-de-Paul- les-Réformés. Une exception, en ce dimanche de carême ? "Non, c'est comme ça tous
les dimanches", confie sa secrétaire.
Même en semaine, l'église ne désemplit pas. Et tous les troisièmes jeudis du mois, c'est de loin que l'on vient assister à la messe des
malades. [...]
Aujourd'hui, dans cette même
église, restaurée, redécorée et sur laquelle veillent une soixantaine de bénévoles, les messes attirent le tout Marseille dans sa plus grande diversité. Par quel miracle, alors que tant d'autres
se vident ? [...]
"C'est la Vierge Marie qui envoie les cartons
d'invitation", répond avec humour le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, en charge de la paroisse depuis 5
ans. "Mais tous les prêtres se donnent du mal", rajoute-t-il humblement. Pour certains, son "charisme" y est pour beaucoup.
"Je travaille, je suis un ouvrier, un artisan qui s'acharne!", conteste-t- il, reprenant le mot de
Cocteau. Et pas seulement à remplir son église pour le culte. Dès huit heures du matin, il y a du monde devant les grilles. On vient se confesser ou juste se confier avant de partir au travail.
Et jusqu'au soir, après le dernier chapelet, le père reste à l'écoute. Parfois, ceux qui viennent l'ont croisé le matin, quand il fait le tour des cafés du quartier.
En soutane. "C'est ma blouse de
travail, dit-il. Je la porte comme le Pape! Le jour où il la quittera, je la quitterai moi aussi!" Et qu'on ne l'accuse pas de quelque tentation
traditionaliste. "Tout ce que je fais est en accord total avec mon archevêque." S'il porte la
soutane, c'est "pour permettre à tous ceux qui ne connaissent plus le chemin de l'Église de rencontrer le prêtre et de l'aborder en toute liberté.
Et croyez-moi, les gens ne se gênent pas pour le faire". Qu'ils soient athées, catholiques ou musulmans, nombreux dans ce
quartier.
À quelques minutes du début de la messe, le père fait répéter la chorale. Souvenir du temps où il
n'était pas encore prêtre, mais artiste à Paris ? "J'ai voulu être prêtre dès l'âge de 8 ans. Mais je voulais aller vers ceux qui me semblaient le
plus éloignés de Dieu." Pendant des années, il chante tous les soirs, une petite vierge sur son piano.
"Suivant mes rencontres, la conversation, je la retournais et je disais : 'Ce soir,
elle est là pour vous'. Personne ne m'a jamais rejeté". En 1988, à 40 ans, après avoir longtemps parlé de Dieu à "cette humanité blessée qui vit la nuit", il s'engage dans les ordres. D'abord chez les
Dominicains, puis les Franciscains "en souvenir du père Kolbe qui a pris la place d'un père de famille juif dans le pavillon de la faim, à
Auschwitz".
Est-ce de ce temps où il était artiste qu'il a gardé ce sens de l'orchestration, "de la mise
en scène" disent les mauvaises langues ? Procession, encensement, grandes orgues, une vingtaine d'enfants de choeur, bruns, blonds, "une vrai pub pour Benetton", l'accompagnent en
ce début de célébration. Dans l'assistance, plus un souffle, sinon celui de la ferveur. Trop de pompe ? "Au siècle de l'image, il importe d'en offrir, et de belles !", rétorque le père
Zanotti-Sorkine.
"Ceux qui pensent que la messe doit refléter le misérabilisme de la société se
trompent." Une belle liturgie dans un beau lieu, et un peu de sacré ne font pas de mal à la prière, pense-t-il. "Que nos offices ne soient pas un pensum où les gens s'ennuient sous une avalanche de paroles ou de chansonnettes insipides!" Avec lui, aucun risque. Ses homélies qui peuvent durer 3 comme 25 minutes, "même si on nous recommande de ne pas dépasser les 7 minutes", sont écoutées avec l'attention
que l'on porte à un message rare. Pourtant les mots sont simples et les citations parfois cocasses, du Gabin comme du Verlaine.
Dans l'assistance, on prend des notes. "Des paroissiens préparent un site sur lequel toutes mes homélies
seront mises en ligne, en avril", annonce-t-il un peu gêné. Sacré personnage ! Qui a l'art de vous présenter l'Évangile comme un code de bonne conduite applicable sur cette terre. Et
parvient à vous convaincre que si la terre n'est pas le paradis, ce n'est pas l'enfer."
Par Dominique Arnoult
http://www.laprovence.com/article/region/marseille-le-cure-qui-multiplie-les-paroissiens
ATTENTIONS COURTOISES